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Notre lettre N°17
¡Hola!
Le cante de Camarón de la Isla est capable de changer une vie ! *
"Le flamenco est quelque chose qui me correspond profondément; une manière intense d'être et de vivre, de sentir tous les sentiments humains : de la peine à la rage, en passant par la joie la plus pure. Ce qui me pousse à faire des films ce sont mes envies de faire connaître ce qui me semble trop inconnu, mes envies de communiquer, de communiquer cette chose qui, précisément communique tant.
Si la réalité du flamenco me semble très cinématographique, c'est parce qu'il y a en elle une authenticité, une poésie et une force que l'on ne trouve pas souvent. Le flamenco est très cinématographique parce qu'il est très expressif et que ce qu'il exprime n'est pas quelque chose de calculé, mesuré ou contrôlé. C'est un art que transforme celui qui le fait, il ne le représente pas, il le fait, bien que ça vienne depuis l'intérieur, du plus profond, c'est seulement ainsi qu'il affleure, se laisse voir.Il y a des flamencos qui sont vraiment dans la recherche d'un langage qui leur soit propre à l'intérieur du flamenco. Camarón a été un exemple, il n'a pas voulu révolutionner, ce n'était pas sa volonté, simplement il avait entendu, comme tout le monde, de la pop musique. Quand il a fait "La Leyenda del tiempo" (une approche d’autres musiques : rock, pop, oriental avec Gualberto). Ce fut reçu comme un scandale pourtant c'était extrêmement flamenco.
La première fois que je l’ai entendu, c’était en même temps de la volupté et de la douleur, et je le ressentais corps et âme….L’écouter sur scène fut une autre révélation, la même mais en plus fort, plus directe. Assister à un de ses concerts était comme un acte sacré, comme assister à quelque chose de très spécial. Le pouvoir de communication de l’ordre du transcendant qu’il avait était extra ordinaire, comme une quintessence de l’Art pur.
Au palais des Sports à Madrid quand il chantait tous les ans pour la San Isidro il ne levait pas les yeux une seule fois sur le public et les dimensions du lieu sans quoi il serait parti en courant, timide comme il était ! Pourtant sa capacité de transmission unique, extraordinaire, nous « tenait » tous dans l’écoute. Il s’agissait d’une communion, d’un partage profond pour ceux qui le vivaient intensément, dans toute son amplitude.
Déchirée sa voix sensible et dramatique exprimait peine et douleur. Elle était d’une richesse musicale inouïe, au point où les instruments avaient peine à le suivre dans toute son amplitude mélodique.
Sa carrière n’a pas été faite d’opportunisme ni de facilité sinon de la manière la plus belle, le tout mélangé : intuition, hasard, nécessité mais par-dessus tout le travail, le savoir, la transmission et l’héritage. Son mythe est amplifié comme si son destin était écrit du début à la fin pour mourir trop tôt.
Camarón m’aide toujours à vivre, l’écouter partout et à tout moment, au décollage d’un avion, pour s’endormir, dans le métro, se perdre dans la richesse de sa voix c’est se défendre contre le barbarisme de l’ère technologique qui nous envahit, se consoler du manque d’amour et de sincérité que nous vivons !
Dominique Abel
*Lorsque pour la première fois Dominique Abel écoute Camarón c’est une révélation. Aussitôt elle quitte ses attaches, part en Espagne avec 1.000 Frs en poche, abandonne tout pour aller à la rencontre du Flamenco. Elle entre à l’Académie de flamenco « Amor de Dios » à Madrid. Elle va y rester huit ans pour étudier le baile sous la tutelle des plus grands. Pourtant si elle est habitée par les rythmes du flamenco ce sont ses films qui vont lui amener la célébrité. Ils seront internationalement primés. Dominique obtient en particulier le Grand prix vidéo de l’Académie Charles Cros en 1999 pour « Agujetas Cantaor ». Elle consacre « Aube à Grenade » à Manolete, puis « Poligono Sur » est dédié à l’extraordinaire vitalité artistique du quartier gitan de Séville, Las Tres mil. Un long métrage qui obtient la Mention spéciale du jury du Festival International de Berlin. Dominique Abel, regrette sûrement de ne pas avoir consacré son talent à celui qui a bouleversé sa vie. Elle a accepté dans ce témoignage de faire partager à Casa Planète son admiration.
Retrouvons nous le 14 avril car les artistes nous ferons partager ces émotions !
Laurent Milhoud
Malgré ses succès et les prix remportés, Dominique Abel a bien des difficultés pour produire ses projets actuels.
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